Le jeudi 14 mai 1998 - Diffusion immédiate
Ottawa -- Contrairement aux assurances que le gouvernement fédéral a données à la Chambre des communes en début de semaine, la technologie nucléaire canadienne a joué un grand rôle dans les événements dont l'aboutissement aura été les récentes détonations nucléaires en Inde, affirment les groupes environnementaux.
Selon des sources militaires dignes de foi, le tritium dont l'Inde s'approvisionne (et qui est requis pour la détonation d'un engin thermonucléaire) est le produit de réacteurs de puissance nucléaires commerciaux de conception canadienne. Une des trois explosions nucléaires provoquées dans le cadre des essais que l'Inde a effectués lundi l'a été par un engin nucléaire. À l'heure actuelle, les réacteurs CANDU sont les seuls réacteurs nucléaires commerciaux capables de produire à la fois du plutonium et du tritium. La première explosion nucléaire en Inde en 1974 a été déclenchée à l'aide de plutonium provenant d'un réacteur à eau lourde qui était un cadeau du gouvernement canadien.
«La capacité indienne de faire détoner des engins nucléaires n'a pas été mise au point dans l'isolement», a déclaré Elizabeth May, directrice générale du Sierra Club du Canada. «Le gouvernement Chrétien veut toujours célébrer les ventes de technologie nucléaire, sans assumer la responsabilité d'un historique de ventes de l'EACL à l'Inde, au Pakistan, à Taiwan, aux dictatures de l'Argentine et de la Roumanie et, tout récemment, à la Corée du Sud et à la Chine. Il y a une nette relation de cause à effet entre l'historique canadien d'aide nucléaire à l'Inde et les événements des deux derniers jours, de dire Mme May. Réclamer des sanctions après le fait, c'est fermer les yeux sur le rôle qu'a joué le gouvernement fédéral lui-même dans la promotion des exportations nucléaires.»
Kristen Ostling, coordonnatrice de la Campagne contre l'expansion du nucléaire, a fait remarquer que l'assistance technique et les conceptions de réacteur que le Canada a fournies à l'Inde ont formé la base de l'industrie nucléaire indienne et lui ont permis de se donner une «capacité civile» de production de plus de 300 kg de plutonium par an. Il suffit de 5 à 8 kg de plutonium pour produire une bombe nucléaire. Les leçons tirées en 1974 sont évidentes pour n'importe quel écolier et ne devraient pas l'être moins pour le gouvernement fédéral en 1998. Il s'est révélé impossible de séparer la puissance nucléaire civile de ses applications militaires, de dire Mme Ostling. Tous les clients actuels et passés du Canada pour les réacteurs nucléaires ont, à un moment ou à l'autre, travaillé à des programmes d'armes nucléaires.»
Gordon Edwards, président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire, a déclaré pour sa part : «Le gouvernement canadien fait preuve d'une grossière irresponsabilité en permettant la vente de réacteurs nucléaires à des pays étrangers, sachant que rien n'empêchera les régimes futurs d'utiliser les matériaux produits dans ces réacteurs pour se donner des armes nucléaires. Le Canada est hypocrite lorsqu'il exige que l'Inde mette fin à ses essais nucléaires, sans exiger en même temps que tous les pays renoncent à leurs armes nucléaires.»
Au fil des ans, l'Inde a continué à utiliser une filière nucléaire canadienne permanente. À la fin des années 80, l'Inde et le Pakistan ont fait une rentrée discrète et rejoint le Programme d'échange d'information du Groupe des propriétaires de centrales CANDU (GPC) au mépris d'une politique gouvernementale canadienne de non-coopération nucléaire avec l'Inde. En avril 1995, le personnel de l'EACL a visité l'Inde pour discuter du remplacement des tubes de force de ses réacteurs RAPP et pour discuter de la vente possible de réacteurs CANDU à l'Inde. Plus récemment, en janvier 1998, on pouvait lire dans un rapport publié par la Jane's Intelligence Review que des scientifiques du Centre de recherche atomique de Bhabha en Inde ont mis au point un processus d'extraction de tritium hautement enrichi (l'explosif le plus puissant d'une arme thermonucléaire) à partir d'eau lourde de réacteurs de puissance de conception canadienne.
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Pour information :
Campagne contre l'expansion du nucléaire, 613-789-3634, web : www.cnp.ca/ccen
Sierra Club du Canada, 613-241-4611, web : www.sierraclub.ca
Regroupement pour la surveillance du nucléaire, 514-489-5118,
web : www.ccnr.org
Campagne contre l'expansion du nucléaire
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